15 Août 2008Les copains d'abordVous voulez mieux comprendre ce qui s’est passé dimanche dernier à Montréal-Nord ? Mettez la main sur le livre Violence des jeunes : l'autorité parentale en question, publié aux éditions Gallimard. Vous verrez, cet essai remarquable est un antidote génial aux discours gnan-gnan que nous entendons depuis une semaine (« Il faut écouter les jeunes qui ont participé à l’émeute, il faut comprendre leur colère, blablabla… ») UNE IDÉE FAUSSE L'auteur, Philippe Chaillou, a été juge au tribunal pour enfants de Paris pendant quinze ans. Les délinquants, il connaît. Il en a vu passer des milliers devant lui. Selon ce spécialiste, la clé qui nous permet le mieux d'expliquer la recrudescence de violence chez les jeunes est le manque d'autorité parentale. Cette idée voulant que les parents doivent être copains-copains avec leurs enfants. « Si les jeunes en sont là aujourd'hui, c'est notre responsabilité, écrit-il. C'est la conséquence de notre délaissement, de nos complaisances et de nos contradictions. » « Prétendre que la seule pauvreté est à l'origine de la délinquance est une idée fausse et détestable. Détestable en ce qu'elle laisserait penser que les classes laborieuses sont dangereuses, et fausse car tous ceux qui s'occupent des jeunes délinquants savent bien qu'il y a dans l'acte de violence quelque chose qui dépasse le caractère purement matériel du délit. » À BAS L’ÉGALITÉ ! Pour Chaillou, le problème principal est que les jeunes n'ont plus de repère. «De plus en plus souvent dans les familles, tout le monde est au même niveau. Les parents n'assurent plus leur rôle car ils n'ont pas fait le deuil de leur propre enfance. « Beaucoup de gens aujourd'hui ont du mal à accepter l'inégalité entre parents et enfants. Ils imaginent qu'elle ne peut exister qu'au détriment de l'enfant alors qu'elle lui est au contraire essentielle car elle lui permet d'échapper au corps à corps avec ses parents. « C'est en fait pour les parents que cette inégalité est le plus difficile à assumer car elle suppose qu'ils renoncent à leur enfance, et derrière ce renoncement se profile, inéluctable, leur propre mort. » SARKO MAUVAIS PÈRE Le pédiatre Aldo Naouri pense exactement comme Philippe Chaillou. Dans Éduquer ses enfants, l’urgence aujourd’hui (Odile Jacob), il affirme que la relation parent-enfant doit être verticale, et non horizontale. Même chose pour les relations entre les chefs d’État et les citoyens. « Prenez Nicolas Sarkozy, a-t-il lancé à une journaliste du site Internet Parent Solo. Le Président s'est comporté comme un citoyen ordinaire, n'hésitant pas à parler de ses déboires conjugaux, de sa vie amoureuse, etc. Or, que s'est-il passé ? On l'a rappelé à l'ordre en lui disant qu'il ne pouvait pas agir ainsi, qu'il devait retourner à sa place, qui n’est pas à côté de nous mais au-dessus. Pourquoi ? Parce que ça nous angoissait et que ça affaiblissait son autorité… » GRAINE DE DÉLINQUANTS Les jeunes, explique Naouri, n’apprennent plus ce qu’est la frustration. On leur donne tout ce qu’ils veulent quand ils le veulent, pour « acheter la paix ». Résultat : ils croient qu’ils ont droit à tout. Ajoutez à cela un non-respect de l’autorité (comment respecter quelque chose qui n’existe pas ?), et vous avez un délinquant en puissance. Qui n’a jamais appris à se soumettre aux règles.
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
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