14/05/08Vous souvenez-vous de l'essence à 1 $ le litre?par Henri Prévost Il n’y a pas si longtemps, tout le monde appréhendait le moment où le prix de l’essence franchirait la barre psychologique de 1 $ le litre. Pourtant, aujourd’hui, plus personne ne rêve d’un retour en deçà de ce seuil. On s’inquiète plutôt de le voir grimper jusqu’à 2 $! Malgré tout, les Jérômiens se considèrent chanceux de payer habituellement le prix le plus bas dans la grande région de Montréal. Ce qui nous amène au litige concernant le prix minimum où l’essence devrait être vendue à Saint-Jérôme. Profitant depuis quelques années d’un contexte particulier, notamment causé par la politique de prix agressive de Costco, les automobilistes jérômiens (et beaucoup d’autres de passage!) éprouvent une satisfaction légitime à payer moins cher qu’ailleurs. Mais il faut considérer l’effet pervers de cette guerre de prix. Ce que souhaitent l’Association québécoise des indépendants du pétrole (AQIP) et le distributeur local Intergaz qui réclament, une fois de plus, l’inclusion des frais d’exploitation d’une station d’essence (personnel, loyer, assurances, etc.) dans le prix de vente minimum fixé par la Régie de l’énergie. On parle ici de 3¢ le litre, selon le calcul de la Régie. Leur argumentation se défend : si les stations corporatives de grandes pétrolières peuvent se permettre une marge bénéficiaire nulle sur le prix de vente à la pompe, compte tenu de leurs autres sources de profits comme le raffinage, ce n’est pas le cas pour les stations indépendantes. Ainsi, la semaine dernière, l’essence se vendait environ 1,28 $ à Saint-Jérôme. Une station comme celles d’Intergaz la payait elle-même 1,27 $ *, montant auquel on devrait ajouter 3 ¢ de coûts d’exploitation. Cherchez le profit... L’impact à moyen et long terme de cette situation, c’est la fermeture des stations indépendantes. Certains parleront d’un «écrémage» normal dans un contexte de concurrence. Mais, comme dans bien d’autres domaines, cette convergence n’est pas sans risque pour les consommateurs. C’est particulièrement vrai dans les petits marchés autour de Saint-Jérôme, où les grandes pétrolières ne sont pas intéressées à s’établir. Essayez aujourd’hui de trouver de l’essence si vous êtes en panne au beau milieu de Saint-Hippolyte. Ce genre d’argument ne pèse cependant pas très lourd auprès de la majorité des gens, qui préfèrent payer 3¢ de moins le litre (un «gros» 1,50 $ par plein) que s’assurer à long terme une diversité de leurs sources d’approvisionnement. Et une fois que les stations indépendantes auront disparu, qu’est-ce qui retiendra les pétrolières d’augmenter à leur guise le prix à leurs pompes? * Source : Régie de l’énergie du Québec
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